Le proprietaire veut installer des cameras dans les parties communes
Karim, locataire a Etterbeek, raconte comment son proprietaire a installe des cameras dans le hall d'entree sans autorisation. RGPD, copropriete et resolution.
- 01 La decouverte
- 02 La verification
- 03 La mobilisation
- 04 Le retrait
- 05 Les lecons
Juin 2025 — la decouverte
Je suis locataire d’un appartement 2 chambres au 2e etage d’un immeuble de 8 lots a Etterbeek depuis 3 ans. Mon proprietaire, M. Janssens, possede 3 appartements dans l’immeuble. Le quartier est calme, les voisins corrects, la copropriete bien geree.
Le 5 juin, en rentrant du travail, je remarque une camera dome noir installee au-dessus de la porte du hall d’entree. Aucun pictogramme, aucune signalisation. Je fais le tour : une deuxieme camera identique filme le local poubelles en sous-sol.
Deux cameras de surveillance, installees sans prevenir personne, sans signalisation et sans pictogramme RGPD. Mon malaise est immediat. Ces cameras filment chaque allee et venue de tous les residents, 24 heures sur 24.
Une camera de surveillance dans les parties communes d’un immeuble filme les allees et venues de tous les occupants. Sans base legale (vote en AG, declaration APD, signalisation), cette installation constitue une violation du RGPD et potentiellement du droit a la vie privee garanti par l’article 22 de la Constitution belge.
Juin 2025 — la verification
Le 8 juin, je contacte le syndic de l’immeuble par email. Question simple : l’installation de cameras a-t-elle ete votee en assemblee generale ? La reponse arrive dans l’heure : non, aucun vote n’a eu lieu. Le syndic n’etait meme pas au courant de l’installation.
Je verifie ensuite les obligations legales. En Belgique, l’installation de cameras en copropriete est encadree par :
- La loi Camera du 21 mars 2007 (modifiee en 2018) qui impose une declaration prealable a l’Autorite de protection des donnees
- Le RGPD (Reglement europeen 2016/679) qui exige transparence, finalite legitime et proportionnalite
- La loi sur la copropriete qui exige un vote a la majorite des 2/3 en AG pour toute installation dans les parties communes
M. Janssens n’a respecte aucune de ces trois obligations.
Juin 2025 — la mobilisation
Le 12 juin, j’envoie un email a M. Janssens. Je lui demande poliment les raisons de l’installation et les autorisations obtenues. Il repond le lendemain : il a installe les cameras “pour la securite” apres une tentative de vol de velos en cave. Il a agi seul, pensant rendre service a tout l’immeuble.
Son intention est comprehensible, mais sa methode est illegale. Je contacte les autres locataires et proprietaires de l’immeuble. Trois locataires sur cinq partagent mon malaise. Un proprietaire du 4e etage est egalement mecontentS : “Il n’a pas le droit de decider seul pour les parties communes.”
Le 20 juin, nous envoyons une mise en demeure collective signee par 4 residents. Le courrier demande :
- Le retrait immediat des cameras
- La destruction de toutes les images enregistrees
- La convocation d’une AG extraordinaire si la copropriete souhaite voter une installation legale
Une mise en demeure collective a plus de poids qu’une demarche individuelle. Elle montre que le probleme concerne l’ensemble de la copropriete, pas un seul locataire mecontent. Le syndic et le proprietaire prennent le sujet plus au serieux.
Juillet 2025 — le retrait
Le 5 juillet, le syndic organise une reunion avec M. Janssens et les signataires de la mise en demeure. Le syndic confirme que l’installation est irreguliere sur trois points : absence de vote en AG, absence de declaration a l’APD, absence de signalisation RGPD.
M. Janssens accepte de retirer les cameras. Le 12 juillet, un technicien debranche les deux appareils. M. Janssens confirme par ecrit avoir supprime les enregistrements stockes sur le disque dur.
Le syndic inscrit un point “videoprotection des parties communes” a l’ordre du jour de la prochaine AG de septembre, avec un devis d’un installateur agree et un projet de declaration a l’APD. Si la copropriete vote l’installation dans les regles, des cameras pourront etre reinstallees legalement.
Bilan factuel : 5 semaines de resolution. 0 EUR de frais. 2 cameras retirees. Aucune plainte aupres de l’APD finalement necessaire — la mise en demeure collective a suffi. Et M. Janssens, malgre sa deception initiale, a compris que la securite et le respect de la vie privee doivent coexister dans un cadre legal clair.
Ce que j’ai appris
Trois enseignements pour tout locataire ou coproprietaire confronte a cette situation :
-
La securite ne justifie pas tout. L’intention de M. Janssens etait louable, mais la fin ne justifie pas les moyens. En Belgique, meme la police doit respecter des procedures strictes pour installer des cameras. Un proprietaire individuel n’a pas plus de droits.
-
Le syndic est votre premier interlocuteur. Avant de porter plainte a l’APD ou de saisir le juge, contactez le syndic. C’est lui qui gere les parties communes et qui peut convoquer une AG. Dans mon cas, le syndic a ete reactif et efficace.
-
Documentez tout, meme les cameras. Photographiez les cameras, notez la date de decouverte, conservez les echanges ecrits. Si l’affaire devait aller devant le juge de paix ou l’APD, ces elements constitueraient votre dossier. Un contrat de bail bien redige peut aussi inclure des clauses sur la vie privee.
D’autres cas vecus : Le locataire ne respecte pas le reglement de copropriete et Le proprietaire veut me faire partir pour vendre.
- “**Verifiez si l'assemblee generale a vote l'installation.** En copropriete, l'installation de cameras dans les parties communes necessite un vote a la majorite des 2/3 en AG. Sans ce vote, l'installation est irreguliere, meme si le proprietaire est de bonne foi.
- “**Verifiez la signalisation RGPD obligatoire.** Toute camera de surveillance doit etre signalee par un pictogramme visible mentionnant le responsable du traitement et la finalite. L'absence de signalisation est une infraction au RGPD passible de sanctions.
- “**Signalez a l'Autorite de protection des donnees si necessaire.** L'APD belge traite les plaintes gratuitement. Une simple plainte en ligne suffit pour declencher un controle. C'est souvent plus efficace qu'une action en justice.
Le deroule semaine par semaine
Questions fréquentes
-
Pas de sa propre initiative. Les parties communes appartiennent a la copropriete. Toute installation de camera necessite un vote a la majorite des 2/3 en assemblee generale, une declaration a l'Autorite de protection des donnees (APD) et une signalisation conforme au RGPD.
-
Le responsable du traitement (la copropriete, pas un proprietaire individuel) doit : afficher un pictogramme camera avec mentions legales, tenir un registre des traitements, limiter la duree de conservation des images (30 jours maximum en general), et garantir un acces restreint aux images.
-
Oui. Tout locataire peut deposer une plainte gratuite aupres de l'Autorite de protection des donnees (APD) via le formulaire en ligne. L'APD peut ordonner le retrait des cameras et infliger des amendes allant jusqu'a 20 millions d'euros ou 4 % du chiffre d'affaires.
-
Absolument pas. Le logement loue est le domicile du locataire, protege par l'article 15 de la Constitution (inviolabilite du domicile). Toute camera a l'interieur du logement sans le consentement du locataire constitue une atteinte grave a la vie privee, passible de sanctions penales.
Gerez tous vos baux dans un seul outil
Generation de bail, enregistrement MyRent, suivi des paiements, etat des lieux numerique. 14 jours d'essai gratuit, sans carte.